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Les bonnes graisses : peuvent-elles améliorer la santé du cerveau et retarder l'apparition d'une démence ?

Image d'un cerveau Gestaltbar / photocase.com

Les graisses ont une connotation négative. En diététique, on conseille souvent d'éviter les aliments gras et l'accumulation de graisse, notamment au niveau de la taille, est associée à de nombreuses maladies chroniques. 

Mais les graisses peuvent être vues sous un autre angle, et en avoir connaissance peut contribuer à protéger le cerveau lorsqu'on avance en âge.

Les graisses sont des molécules importantes pour la construction et le fonctionnement de notre cerveau et un projet financé par l'UE appelé LipiDiDiet étudie si une supplémentation diététique contenant de « bonnes » graisses peut contribuer à retarder la progression de la démence.

Pourquoi s'intéresser particulièrement aux graisses ? « Nous savons que les lipides (terme scientifique qui désigne les graisses) jouent un rôle essentiel dans la pathogenèse de la maladie d'Alzheimer », explique Tobias Hartmann, Professeur de Neurologie expérimentale à l'Université de la Sarre et coordinateur du projet LipiDiDiet. « Nous savons également que dans la maladie d'Alzheimer, une protéine néfaste bien connue appelée bêta-amyloïde s'accumule dans le cerveau sous forme de plaques et que les lipides régulent la production de cette protéine ».

Et ce n'est pas tout, il existe un autre lien avec les graisses : l'un des signes les plus précoces de la maladie d'Alzheimer est la perte de connexion entre les cellules du cerveau, et vous l'aurez deviné, les graisses jouent un rôle dans ces connexions.

Notre alimentation contient des graisses. Par conséquent, la question qui se pose est la suivante : des suppléments en lipides spécifiques pourraient-ils contribuer à protéger le cerveau de ces symptômes et à améliorer sa santé ? Le projet LipiDiDiet, appelé « Therapeutic and preventive impact of nutritional lipids on neuronal and cognitive performance in aging, Alzheimer's disease and vascular dementia » (Impact préventif et thérapeutique des lipides nutritionnels sur les performances neuronales et cognitives dans le vieillissement, la maladie d'Alzheimer et la démence vasculaire) cherche à en apporter la preuve.

Une première étude portant sur des personnes ayant eu un diagnostic récent de maladie d'Alzheimer a donné des résultats positifs, selon le Prof. Hartmann. « Après six mois de cette intervention diététique, composée d'un cocktail de suppléments incluant une graisse appelée DHA, la mémoire s'est améliorée », explique-t-il. « Il faut parfois attendre plusieurs semaines avant de constater une évolution, mais cette observation est absolument fascinante et change la donne ».

Ces résultats ont incité les chercheurs du projet LipiDiDiet à conduire une étude à plus grande échelle, en recrutant cette fois des personnes fortement susceptibles de développer des symptômes de démence dans les années à venir. À ce jour, plus de 300 personnes ont été recrutées dans l'étude. Certaines reçoivent le supplément et la DHA, d'autres prennent un placebo, et les chercheurs suivent les sujets pendant au moins deux ans, voire plus dans certains cas.

 « À ma connaissance, il s'agit du plus long essai clinique conduit sur la prévention de la maladie d'Alzheimer », déclare le Prof. Hartmann, qui fait remarquer que pour l'heure, l'étude est en double aveugle, ce qui signifie que ni les chercheurs, ni les participants à l'étude ne savent qui reçoit le placebo ou le vrai supplément. « Nous lèverons totalement l'aveugle de l'étude en début 2015, et nous commencerons alors à voir si ça marche ».

Le consortium LipiDiDiet, composé de 15 organismes de recherche en Europe, explore également le domaine de la recherche fondamentale en biologie, afin de déterminer comment les graisses peuvent avoir un effet protecteur sur le cerveau, dans le but de développer des produits de soutien nutritionnel. Le Prof. Hartmann se félicite des premiers résultats du projet en cours. « Nous n'en sommes qu'au début et nous sommes satisfaits des données recueillies », ajoute-t-il. « Mais nous ne disposons pas encore de toutes les données, nous verrons donc ce que l'avenir nous réserve.”

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